Le mouvement de transition est populaire en Occident, mais qu’en est-il ailleurs? Il semble difficile de faire avancer le mouvement dans des régions de la planète qui sont actuellement désavantagées par le système économique capitaliste. Quel forme doit prendre le mouvement pour répondre aux besoins des populations locales habitant ces territoires? J’ai suivi ma formation sur le mouvement de transition (ainsi que la formationGaia Education Design for Sustainability – Training of Trainers) auprès de May East.
Cette femme extraordinaire nous livre ici une beau texte sur le lancement d’une première initiative de transition dans une favela brésilienne. Lorsque j’ai trouvé ce texte sur le site du mouvement de transition en France j’ai eu envie de le reproduire ici. Je le fais donc en vous donnant la référence originale ainsi que la référence pour la traduction effectuée par J Jayot.
« C’est par un samedi matin torride de décembre, que les membres de la communauté de Brasilãndia à São Paulo, communauté aux revenus très très faibles qui compte 247.000 personnes, se sont réunis, attendant beaucoup du lancement officiel de Brasilãndia en « Transixion ». La première partie de la matinée, orchestrée par le groupe initiateur créé en mai dernier par des représentants de la communauté artistique, de groupes écologistes, de travailleurs de la santé, d’éducateurs, des autorités locales et des membres de la Fondation Stickel, fut consacrée à la présentation d’une remarquable série de réalisations.
En seulement 8 mois, 85 membres de la communauté ont suivi un stage de préparation à la Transition (« Transition Training »), beaucoup d’entre eux étudiant à cette occasion les bases de la lecture. Cette formation, combinée à leurs savoirs culturels, à l’esprit de « Mutirão » et à des compétences émergentes liées à l’entrepreneuriat social, ont permis la création de 7 groupes de travail ainsi que de nombreuses actions sur le terrain :
Le groupe « Régénération de l’Espace Public » a sélectionné 7 lieux abandonnés et les a transformés en jardins communautaires
Le groupe « Brasilãndia Filmes » (une équipe qui semble dire « Devenez vos propres médias ») été créé et a engagé de nombreux jeunes des environs pour filmer toutes les actions de Transition. À l’occasion de ce lancement, « Brasilãndia Filmes » a projeté, en première mondiale, un documentaire de 30 minutes, véritable opération de sauvetage de la tradition orale subsistant grâce à de nombreux gardiens de la mémoire locale. Les plus âgés qui avaient pu faire le déplacement ont été émus aux larmes en re-découvrant leur utilité présente et future au sein de la communauté.
Le groupe « Entreprise Sociale et Économie Locale » a appris grâce à « Santa Teresa en Transition » comment gérer des Échanges Équitables et a mis sur pied la foisonnante « Feira de Troca na Brasa » (foire au troc dans la braise). Le groupe a également rassemblé les compétences et fonds nécessaires à la création d’une boulangerie communautaire et d’une entreprise de couture.
D’autres groupes de travail ont été présentés : « Équité vers une Santé Soutenable » – qui vise à promouvoir le bien-être des membres de la communauté ; « Sécurité Alimentaire » – qui propose des récoltes dans la nature et des ateliers de culture en milieu urbain ; « Zéro Déchet » – qui prépare le lancement du plan Estonien de nettoyage et d’éradication du gaspillage dans le quartier… !
Le groupe « Eau et Préservation » réunit des enfants des quartiers environnants autour d’une opération de nettoyage des cours d’eau : baptême et bénédiction des cours d’eau douce par des chants traditionnels et des rituels. Ce même groupe a planté 228 arbres d’espèces endémiques et vise la re-forestation, au cours des 2 années à venir, de 7,7 hectares de la forêt Cantareira. Des objectifs audacieux et réalisables … ! En tant que voisins et « envahisseurs potentiels » du parc Cantareira (l’une des plus grandes forêts urbaines du monde), ce groupe lance actuellement dans toute la ville une campagne baptisée « La forêt envahit la ville ». Cette campagne sera ponctuée d’actions destinées à éveiller les consciences en promouvant le concept de « florestania » (citoyenneté de la forêt) et d’activités agro-forestières visant la création de corridors écologiques qui relieront la forêt mère avec les voies urbaines.
Dans la deuxième partie de matinée, les membres des groupes de travail ont échangé sur leur vision commune des 20 prochaines années, résultat d’un tout nouvel exercice intellectuel à rebours dans lequel le futur envisagé oriente le présent. Un cercle plus large de membres de la communauté a pu y assister : élus de la municipalité, services de la santé, « Transition USA », « Transition Granja Viana ». Joao Leitao, de « Transition pombal », a participé via Skype et échangé des idées sur la façon dont le Brésil et le Portugal pourraient aller plus loin dans leurs échanges d’expérience ; puis plus tard Rob Hopkins s’est connecté également. Devant un auditoire passionné mais avec des problèmes techniques, nous pouvions seulement entendre Rob qui lui, ne pouvait que nous voir !
L’un des moments forts : Japa, l’un des membres actifs de Brasilãndia, a chanté à Rob son « Transition Rap » – que vous pouvez écouter en cliquant ici. Rob a suivi le mouvement, et, bien que ne pouvant pas entendre, s’est mis à danser en rythme de l’autre côté de l’écran, devant une foule ébahie et réjouie !
Quelques performances traditionnelles sont venues animer la fête. Un compositeur de samba et poète local, fils de l’un des pionniers de Brasilãndia, ainsi que le jeune leader indigène « Sia Kaxinaua », venu du Upper Jurua, et Purus River, de l’Amazonie de l’Ouest, sont venus partager leurs chansons et l’idée qu’ils se font d’une Brasilãndia résiliente et pleine de santé.
Ce lancement s’est achevé par la signature solennelle, par tous, du document formel qui sera envoyé à Totnes. Cette matinée restera, dans la mémoire de tous, celle d’une communauté enrichie, contaminée par le virus de la transition, transportée par l’opportunité à la fois réjouissante, renforcée et unique de contribuer à la renaissance de leur Brasilãndia bien-aimée – terre du Brésil.
May East
le 30 décembre 2010 »
Pour voir des photos de l’événement: http://internationalconference.posterous.com/