Consommation intellectuelle

Je suis tombée aujourd’hui sur un texte intéressant, en anglais, que je désire partager avec vous et qui porte à réfléchir sur la consommation. La culture de la consommation imprègne chaque sphère de nos vies et nous pousse à en vouloir toujours plus. Cette réflexion n’est pas nouvelle, particulièrement dans le mouvement de transition. Toutefois, ce même élan qui contribue à la création d’un sentiment d’insatisfaction perpétuel est aussi responsable d’un phénomène de consommation intellectuel ou à tout le moins c’est la réflexion présentée dans le texte suivant: Intellectual consumerism 

L’auteure de ce texte, Joanne Poyourow , est l’une des membres fondatrice de Transition Los-Angeles. Elle se réfère dans son texte à un phénomène bien précis, soit celui de consommation d’événements et de formations à teneur environnemental/social par des personnes qui, par la suite, retournent à la maison, satisfaites de leur participation à ces événements comme si cette seule participation équivalait à une action positive sans qu’il soit pour autant nécessaire de réellement changer de mode de vie. L’auteure propose en fin d’article quelques conseils afin de transformer nos événements de manière à limiter ce phénomène pour ainsi favoriser un réel changement chez les participantes et participants.

Ce texte me pousse à réfléchir à une autre forme de consommation intellectuelle, motivée non pas par une forme de déresponsabilisation telle que celle mentionnée dans l’article, mais plutôt par le sentiment d’insatisfaction perpétuel nommé un peu plus tôt et qui accompagne notre société de consommation. J’irais même jusqu’à parler d’un sentiment perpétuel d’inadéquation en ce qui me concerne et qui me pousse à chercher constamment de nouvelles formations qui pourraient enfin me donner l’impression d’en savoir suffisamment, de détenir les compétences nécessaires pour…hum pourquoi au juste? Je n’en sais trop rien. Sans doute les compétences nécessaires pour renverser la tendance, pour changer quelque chose à tout ce qui va de travers…Une forme de quête du Graal moderne…LA formation qui saurait assembler tous les morceaux du casse-tête! Donnant moi même des formations depuis deux ans, je sais pourtant très bien à quel point les formatrices et formateurs ne détiennent qu’une petite parcelle d’information et mes attentes sont nécessairement démesurées! Si l’on pousse la réflexion, il apparait clairement que ce type de consommation intellectuelle est une forme de mécanisme de survie, une manière de garder espoir face à une situation qui, lorsqu’on la regarde sans lunettes roses pour adoucir le portrait donne des frissons et peut facilement empêcher le sommeil paisible possible sous le voile de l’ignorance.

Québec maritime et changements climatiques

Mon silence virtuel au cours des dernières semaines vient du fait que ma vie s’est passablement transformée depuis quelques semaines alors que je suis déménagée à Baie-Comeau un peu sur un coup de tête! Le travail qui m’amène ici me pousse à réfléchir à la manière que nous avons, au Québec, de parler des changements climatiques et de la nécessité de renforcer la résilience des collectivités pour faire face aux aléas qui en découlent. Je réalise que nos exemples portent souvent sur des régions éloignées ou encore sur des prédictions des impacts à venir. Si ces approches sont valables, je veux vous inviter aujourd’hui à vous familiariser avec la problématique de l’érosion côtière au Québec. À mon avis, ce que les communautés situées le long des côtes du Saint-Laurent vivent en lien avec cette problématique mérite d’être considéré dans l’analyse du mouvement de transition québécois. Cette problématique mobilise des acteurs locaux, régionaux ainsi que des représentants des différents ministères provinciaux et fédéraux. On a beaucoup à apprendre en analysant ce qui se passe le long des côtes du Québec maritime! En effet, on y fait actuellement école d’une certaine manière en ce qui concerne la manière de gérer les effets négatifs découlant des changements climatiques. On retrouve deux visions opposées qui se confrontent avec d’une part les tenants d’une approche participative voulant intégrer les citoyennes et citoyens au processus de décision concernant les solutions envisageables dans leur communauté afin de faire face aux aléas alors que l’autre vision, passablement plus répandue, tente plutôt de faire appliquer localement des décisions prises par des “experts” et entérinées par des élus municipaux souvent dépassés par la situation. La première approche vise le renforcement de la résilience des communautés alors que la deuxième est plutôt une approche de gestion de crise. La question se pose alors à savoir, une fois la crise passée, que ce passe-t-il si aucun effort n’est mis pour renforcer la résilience des communautés?

Photos de la formation de Très-Saint-Rédempteur

Si vous suivez régulièrement ce blog, vous savez sans doute qu’il y avait une formation à la transition à Très-Saint-Rédempteur les 19 et 20 mars derniers. Voici donc pour vous quelques photos de cet événement pour vous donner envie de participer au prochain qui aura probablement lieu en mai. Ces photos, ainsi que plusieurs autres, se trouvent sur deux comptes flickr, l’un que j’ai mis en ligne et l’autre mis en ligne par Tres-Saint-Rédempteur en transition.

On termine la journée dehors!
La transition c'est aussi du plaisir!
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Participantes et participants
on discute le sourire aux lèvres
Un effort d'équipe!

En transition sur twitter!

Je tente une nouvelle expérience. Vous pouvez dès maintenant me suivre sur twitter à l’adresse suivante: http://twitter.com/entransition

Je ne sais pas si je me fatiguerai rapidement ou non de cet outil que je n’ai réellement jamais utilisé jusqu’à présent…n’ayant pas de téléphone cellulaire, je ne suis pas convaincue qu’il soit le meilleure outil de communication pour moi. Je me rappelle toutefois m’être posée le même type de questions à propos de ma capacité à maintenir à jour un blog à long terme et un an et demi plus tard je suis agréablement surprise de moi même puisque ce blog a été mis en ligne à l’automne 2009 et que je ne m’en suis pas lassée, bien au contraire!! Il n’en demeure pas moins qu’en cherchant des groupes de transition sur Twitter on réalise rapidement que de nombreuses personnes ont eu cette idée auparavant et que finalement elles ont très peu utilisé l’outil une fois leur compte créé. Seul l’avenir nous le dira et comme nous sommes plutôt bonNEs dans le mouvement de transition avec la visualisation positive du futur on peut espérer des Tweet jusqu’en 2030!

Dossiers sur le mouvement

La revue imagine 83 – janvier & février 2011 vient de sortir un dossier de 20 pages (en français) sur le mouvement de transition. Il est possible de commander en ligne une copie papier ( 10 euros) ou encore de commander en ligne une copie pdf au coût de 3 euros ( ce que je viens de faire) . Je n’ai pas encore lu le dossier, mais je vous en reparle dès que c’est fait. D’ici là je vous invite à aller voir par vous même ce que vous en penser en feuilletant virtuellement la revue.

Grâce au blog ecolo book je viens de découvrir un autre dossier européen portant entre autres sur le mouvement de transition. C’est un dossier qui date de l’été passé et qui a été publié dans le Numéro 38 (juin – juillet – août 2010) de la Revue Durable. Voici un extrait publié sur leur site et qui donne une idée du contenu du dossier:

« Energie : les territoires sur la voie de la transition
Préparer l’avenir, c’est sortir au plus vite de l’ère éphémère du pétrole et, d’une manière générale, des énergies fossiles. Or, entre la myopie des Etats et du monde de la finance sur ce chapitre et l’inaptitude des actes individuels seuls à répondre à un défi d’une telle envergure, il y a de la place pour le désespoir… ou pour un vaste mouvement social fondé sur un autre mode de vie et capable d’en faire l’horizon commun.

Ce mouvement, dit de la transition, balbutie à peine en Europe francophone, mais affiche une belle vigueur outre-Manche et dans la plupart des pays anglo-saxons. Là-bas, des milliers de personnes le rejoignent de façon résolue, inventive, constructive et festive. Ils élaborent des plans de descente énergétique locaux pour ne pas se retrouver le bec dans l’eau lorsque le cours du pétrole explosera et que les tensions sur les ressources, en particulier alimentaires, éprouveront partout violemment les économies et les liens sociaux.

Le mouvement de la transition part de l’idée que consommer moins d’énergie et, du coup, émettre moins de gaz à effet de serre est le meilleur moyen d’apprendre à vivre mieux et plus intelligemment ensemble. Cela nécessite de se partager les tâches à accomplir, de tisser des liens de solidarité et de coopérer avec les pouvoirs publics locaux.

Réciproquement, de nombreuses collectivités publiques s’activent pour mettre le territoire dont elles ont la charge sur les rails de pratiques énergétiques plus sobres et plus judicieuses. La rencontre du mouvement social de la transition avec l’engagement plus technique des collectivités territoriales qui s’attellent à relever le défi de l’énergie a de quoi réconcilier avec la vie publique et l’avenir.»

Dépasser les limites

Le mouvement de transition est populaire en Occident, mais qu’en est-il ailleurs? Il semble difficile de faire avancer le mouvement dans des régions de la planète qui sont actuellement désavantagées  par le système économique capitaliste. Quel forme doit prendre le mouvement pour répondre aux besoins des populations locales habitant ces territoires? J’ai suivi ma formation sur le mouvement de transition (ainsi que la formationGaia Education Design for Sustainability – Training of Trainers) auprès de May East.

Cette femme extraordinaire nous livre ici une beau texte sur le lancement d’une première initiative de transition dans une favela brésilienne. Lorsque j’ai trouvé ce texte sur le site du mouvement de transition en France j’ai eu envie de le reproduire ici. Je le fais donc en vous donnant la référence originale ainsi que la référence pour la traduction effectuée par J Jayot.

«  C’est par un samedi matin torride de décembre, que les membres de la communauté de Brasilãndia à São Paulo, communauté aux revenus très très faibles qui compte 247.000 personnes, se sont réunis, attendant beaucoup du lancement officiel de Brasilãndia en « Transixion ». La première partie de la matinée, orchestrée par le groupe initiateur créé en mai dernier par des représentants de la communauté artistique, de groupes écologistes, de travailleurs de la santé, d’éducateurs, des autorités locales et des membres de la Fondation Stickel, fut consacrée à la présentation d’une remarquable série de réalisations.

En seulement 8 mois, 85 membres de la communauté ont suivi un  stage de préparation à la Transition (« Transition Training »),  beaucoup d’entre eux étudiant à cette occasion les bases de la lecture. Cette formation, combinée à leurs savoirs culturels, à l’esprit de « Mutirão » et à des compétences émergentes liées à l’entrepreneuriat social, ont permis la création de 7 groupes de travail ainsi que de nombreuses actions sur le terrain :

Le groupe « Régénération de l’Espace Public » a sélectionné 7 lieux abandonnés et les a transformés en jardins communautaires

Le groupe « Brasilãndia Filmes » (une équipe qui semble dire « Devenez vos propres médias ») été créé et a engagé de nombreux jeunes des environs pour filmer toutes les actions de Transition. À l’occasion de ce lancement, «  Brasilãndia Filmes » a projeté, en première mondiale, un documentaire de 30 minutes, véritable opération de sauvetage de la tradition orale subsistant grâce à de nombreux gardiens de la mémoire locale. Les plus âgés qui avaient pu faire le déplacement ont été émus aux larmes en re-découvrant leur utilité présente et future au sein de la communauté.

Le groupe « Entreprise Sociale et Économie Locale » a appris grâce à « Santa Teresa en Transition » comment gérer des Échanges Équitables et a mis sur pied la foisonnante « Feira de Troca na Brasa » (foire au troc dans la braise). Le groupe a également rassemblé les compétences et fonds nécessaires à la création d’une boulangerie communautaire et d’une entreprise de couture.

D’autres groupes de travail ont été présentés : « Équité vers une Santé Soutenable » – qui vise à promouvoir le bien-être des membres de la communauté ; « Sécurité Alimentaire » – qui propose des récoltes dans la nature et des ateliers de culture en milieu urbain ; « Zéro Déchet » – qui prépare le lancement du plan Estonien de nettoyage et d’éradication du gaspillage dans le quartier… !

Le groupe « Eau et Préservation » réunit des enfants des quartiers environnants autour d’une opération de nettoyage des cours d’eau : baptême et bénédiction des cours d’eau douce par des chants traditionnels et des rituels. Ce même groupe a planté 228 arbres d’espèces endémiques et vise la re-forestation, au cours des 2 années à venir, de 7,7 hectares de la forêt Cantareira. Des objectifs audacieux et réalisables … ! En tant que voisins et « envahisseurs potentiels » du parc Cantareira (l’une des plus grandes forêts urbaines du monde), ce groupe lance actuellement dans toute la ville une campagne baptisée « La forêt envahit la ville ». Cette campagne sera ponctuée d’actions destinées à éveiller les consciences en promouvant le concept de « florestania » (citoyenneté de la forêt) et d’activités agro-forestières visant la création de corridors écologiques qui relieront la forêt mère avec les voies urbaines.

Dans la deuxième partie de matinée, les membres des groupes de travail ont échangé sur leur vision commune des 20 prochaines années, résultat d’un tout nouvel exercice intellectuel à rebours dans lequel le futur envisagé oriente le présent. Un cercle plus large de membres de la communauté a pu y assister : élus de la municipalité, services de la santé,  « Transition USA »,  « Transition Granja Viana ». Joao Leitao, de « Transition pombal », a participé via Skype et échangé des idées sur la façon dont le Brésil et le Portugal pourraient aller plus loin dans leurs échanges d’expérience ; puis plus tard Rob Hopkins s’est connecté également. Devant un auditoire passionné mais avec des problèmes techniques, nous pouvions seulement entendre Rob qui lui, ne pouvait que nous voir !

L’un des moments forts : Japa, l’un des membres actifs de Brasilãndia, a chanté à Rob son « Transition Rap » – que vous pouvez écouter en cliquant ici. Rob a suivi le mouvement, et, bien que ne pouvant pas entendre, s’est mis à danser en rythme de l’autre côté de l’écran, devant une foule ébahie et réjouie !

Quelques performances traditionnelles sont venues animer la fête. Un compositeur de samba et poète local, fils de l’un des pionniers de Brasilãndia, ainsi que le jeune leader indigène « Sia Kaxinaua », venu du Upper Jurua, et Purus River, de l’Amazonie de l’Ouest, sont venus partager leurs chansons et l’idée qu’ils se font d’une Brasilãndia résiliente et pleine de santé.

Ce lancement s’est achevé par la signature solennelle, par tous, du document formel qui sera envoyé à Totnes. Cette matinée restera, dans la mémoire de tous, celle d’une communauté enrichie, contaminée par le virus de la transition, transportée par l’opportunité à la fois réjouissante, renforcée et unique de contribuer à la renaissance de leur Brasilãndia bien-aimée – terre du Brésil.

May East
le 30 décembre 2010 »

Pour voir des photos de l’événement: http://internationalconference.posterous.com/

Le Forum Ouvert

Le Forum Ouvert a été élaboré par Harrison Owen. Après avoir passé un an à organiser une rencontre d’envergure internationale il a tiré le constat suivant: ce sont les pauses cafés qui sont les plus appréciées par les participant-e-s et non-pas les conférences longuement préparées! Le modèle qu’il a développé par la suite est basé sur un principe de responsabilité individuelle ainsi que sur le respect de l’autonomie et de l’intelligence des participant-e-s, c’est ce qui en fait un outil si puissant! Foncièrement égalitaire et participative cette approche permet l’organisation de rencontres dynamiques soulevant une énergie  semblable à celle des pauses cafés tout en permettant d’atteindre des objectifs et de créer du contenu.

Tous ces éléments en font un modèle d’organisation de rencontres des plus intéressant pour les initiatives de transition. Cet outil peut servir à atteindre plusieurs objectifs. En voici quelques exemples:

  • Réunir des personnes issues de la collectivité intéressées par une thématique donnée (transport, économie locale…) pour réfléchir collectivement aux actions à entreprendre;
  • Créer un élan permettant de recruter sur place des membres pour des comités thématiques associés aux sujets discutés;
  • Offrir une opportunité de réseautage et encourager la création de liens (d’amitié, de solidarité, d’affaire…) entre les différentes personnes présentes, contribuant ainsi au renforcement du tissu social;

Harrison Owen a utilisé  le Forum Ouvert à travers le monde et le considère particulièrement utile pour dénouer les conflits.  Il s’en est conséquemment servi dans des contextes d’après-guerre ou encore au sein d’entreprises et d’organismes aux prises avec des tensions internes. Il ne faut donc pas hésiter à utiliser cette technique pour aborder des sujets délicats qui doivent être discutés au sein de nos communautés. Dans le même ordre d’idées, il est conseillé de diversifier le plus possible les personnes invitées à participer à l’événement. Plus les personnes présentes auront des bagages et des idées différentes, plus les discussions seront animées et  risqueront de contribuer à la création de solutions novatrices et adaptées à la réalité locale

La Pommée!

Il y a quelques années j’ai été initiée à la Pommée, une célébration de la pomme dans tous ses états ! Les souvenirs que je garde de cette soirée me rappellent toute l’importance du rituel et de la célébration dans la création de liens sociaux et donc dans le développement de communautés plus résilientes. Depuis toujours les êtres humains ont eu recours à de tels événements pour renforcer le tissu social et développer le sentiment d’appartenance à la collectivité. Si ces rituels revêtent souvent un caractère religieux, il est tout de même possible de créer de nouvelles formes de célébration, laïques et inclusives, afin d’encourager l’émergence de nouveaux comportements.

La Pommée est une soirée amusante dont l’objectif est de faire du beurre de pomme dans l’allégresse en diminuant la lourdeur de la tâche associée à la production. En effet, la confection du beurre de pomme est un processus laborieux nécessitant de passer plusieurs heures à brasser de la compote de pommes au-dessus d’un feu doux jusqu’à ce que l’eau contenue dans la mixture se soit suffisamment évaporée. Le principe derrière la pommée est donc de convier de nombreuses personnes à une fête. Au courant de la soirée les convives sont encouragéEs à passer tour à tour un moment à bras ser la compote de pommes dans une grande marmite. Toute la nuit durant, contes et performances musicales créent une atmosphère suscitant la motivation et l’enthousiasme de la personne assignée au chaudron! Au petit matin, le beurre est prêt et les sourires des survivantEs masquent la fatigue!

Une célébration de ce type permet de souligner les liens d’interdépendance qui unissent l’être humain à son environnement. Dans de nombreuses cultures, la transmission des savoirs ancestraux se faisait de manière orale à travers des récits. Les contes et les légendes ont à maintes reprises servi d’outil d’éducation, encourageant dans certains contextes le développement d’un mode de vie en équilibre avec le milieu environnant. Les initiatives de transition ont souvent recours au conte et à l’imagination pour façonner une nouvelle manière de percevoir le monde et le rôle que nous devons y jouer toutes et tous. Que ce soit à travers les exercices de visualisation ou encore la rédaction d’articles de journaux du futur, cette approche constitue l’un des éléments caractéristiques du mouvement et contribue à son succès. Alors, lorsque viendra le temps de vous pencher sur les activités publiques de votre comité initiateur, il serait bon de considérer la possibilité d’intégrer ces éléments dans votre planification !

Trailbreaker:un projet dangereux

L’impact dévastateur, tant d’un point de vue environnemental que social, de l’exploitation des sables bitumineux albertains est de plus en plus reconnu. De grandes mobilisations citoyennes sur le sujet n’ont toutefois pas encore eu lieu au Québec. Cela pourrait changer avec l’arrivée du projet Trailbreaker qui intégrerait le Québec dans le système de distribution et de transformation du pétrole albertain.

Le 26 juillet dernier, environ trois millions de litres de pétrole brut ont été déversés dans le ruisseau Talmadge, un affluant de la rivière Kalamazoo qui se déverse quant à elle dans le lac Michigan. La cause? Une fuite dans un oléoduc appartenant à la compagnie albertaine Enbridge, la même compagnie qui cherche à faire approuver le projet Trailbreaker. Au cours des derniers mois, de nombreuses fuites de pétrole ont fait la manchette, certaines plus longtemps que d’autres. Je pense entre autres à l’explosion de la plateforme de forage en eaux profondes de BP en avril dernier ou encore, tout récemment, à l’explosion de deux oléoducs dans le port de la ville de Dalian en Chine. Le pétrole issu des sables bitumineux aurait une teneur élevée en soufre, ce qui accentuerait les dangers liés à la corrosion des conduits des oléoducs qui le transporte. L’oléoduc PLMP est d’autant plus vulnérable qu’il est en fonction depuis plus de 60 ans et que la moitié des accidents liés aux oléoducs terrestres recensés par le Département américain du transport touchait des infrastructures vieilles de plus de 50 ans.

Les initiatives de transition effectuent beaucoup de travail de sensibilisation sur la question du pic pétrolier et des changements climatiques. Ce projet concerne directement ces deux questions, alors pourquoi ne pas nous servir de cet exemple pour sensibiliser la population aux enjeux liés à l’exploitation des sables bitumineux et par conséquent, à la nécessité de changer notre mode de vie ?

TIC et dictature de l’instantané

La journée débute, un café à la main, pleine de motivation, je m’approche de mon ordinateur. Je me suis fixé des objectifs à accomplir au cours de la journée pour faire avancer une multitude de projets qui me tiennent à coeur. Modernité ( et dépendance!) oblige, j’ouvre ma boîte courriel avant de débuter…erreur! Voilà ma journée prise en otage. Car sans m’en rendre compte, d’un courriel à l’autre, j’accomplirai des tâches qui ne sont pas directement liées à mes objectifs fixés avec toute ma bonne volonté en début de journée! Me voilà ici et là sur le net, à regarder une vidéo, lire un texte, répondre à des messages, mettre des documents en ligne, réseauter sur Facebook et quoi encore! Toutes ces activités me permettent toutefois d’être au courant des nouveautés et développements pertinents dans mon domaine ainsi que de tisser des liens et de me construire un réseau solide de personnes motivées à collaborer pour faire avancer les choses. Il n’en demeure pas moins que mes propres priorités sont souvent mises de côté.

J’ai longtemps réfléchi à cette question puisque c’est une situation fortement associée à tout travail nécessitant l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC). Quelle stratégie adopter? Ne pas ouvrir ma boîte courriel ( ou Facebook) de la journée pour être plus productive? M’interdire de consulter des liens de trouvailles intéressantes fournis par des amiEs avant d’avoir accomplis mes tâches?

Tout ça me semble lourd et si restrictif! De plus, du chaos naissent souvent des créations extraordinaires, des perles qui ne sauraient apparaître dans un contexte restrictif et contrôlé! Puisque je lis actuellement le livre « Wild fermentation » de Sandor Ellix Katz,permettez moi de faire un rapprochement entre cette problématique et la production d’aliments fermentés…Dans un milieu stérile, de nombreuses fermentations ne pourront se développer, il faut toutefois un certain contrôle de l’environnement pour permettre à une fermentation particulière de se développer plutôt qu’une autre qui produirait des résultats potentiellement toxiques. Si je fais le parallèle avec la problématique abordée plus haut, il s’agirait de créer le bon environnement de travail, celui qui laisse à la fois place à une certaine liberté de voguer au fil de l’intuition, permettant ainsi d’accumuler informations et motivation, tout en favorisant la croissance concrète de projets. Comment matérialiser cet environnement idéal? Voilà l’essentiel de la question! Mes solutions ne sauraient s’appliquer à tous puisqu’elles doivent être adaptées à ma propre personnalité, à ma manière d’apprendre et de créer. Voici toutefois une approche qui fonctionne pour moi (quand je la met en pratique!) et qui pourrait peut-être vous aider si votre cerveau fonctionne un peu comme le mien!

J’ai testé cette stratégie lorsque je travaillais comme agente de migration pour Place aux jeunes du Québec. J’étais tellement bombardée de demandes, de courriels et d’informations, que je ne parvenais pas à accomplir les tâches que je jugeais les plus urgentes pour faire avancer mon propre projet. J’ai donc fait des recherches sur les stratégies de gestion du temps, plus particulièrement dans un contexte de surabondance d’informations et de communication instantanée.

Ma stratégie consistait essentiellement à:

  • Déterminer à l’avance trois plages horaires dédiées à la consultation des courriels
  • Une fois un courriel lu, une action immédiate était prise selon le besoin associé au contenu du courriel. Voici les actions possibles dans le cadre de cette stratégie:
    • Répondre immédiatement si cela me prendra moins de 5 minutes
    • Bloquer une plage horaire à mon agenda si je dois prendre plus de 5 minutes pour répondre ou si je dois accomplir une tâche avant de pouvoir répondre (rédiger un document, effectuer une correction, etc).
      • Je copie alors le contenu du courriel dans mon agenda virtuel et je mets la version originale à la corbeille ou dans un dossier à cet usage si le courriel est accompagné de pièces jointes importantes.  (outil : i-Cal ou tout autre logiciel gratuit du même type permettant de gérer un agenda sur l’ordinateur).

Cette stratégie permet de libérer du temps, de s’assurer de ne pas laisser passer de tâches importantes sans agir ( en bloquant immédiatement une plage à l’agenda) ainsi que de se retrouver avec une boîte de réception vide à la fin de chaque journée! Il peut sembler difficile de parvenir à ce résultat, mais lorsque l’on met en pratique cette stratégie, cela s’accomplit comme par magie! Et quelle joie que de ne pas me sentir submergée par une boîte de réception débordant de courriels qui font surgir un sentiment de culpabilité lié aux nombreuses tâches que je n’ai pas pas encore accomplies et qui se trouvent cachées quelque part dans tous ces bouts de textes virtuels!

Je parlais toutefois un peu plus tôt de la nécessité de liberté et cette stratégie ne semble pas libératrice d’un premier coup d’œil! En effet, il est question d’organisation et de gestion du temps…l’antithèse de la liberté non? Eh bien, c’est ici qu’entre en jeux les différentes personnalités ( ou types d’appreneurEs) et leurs besoins respectifs!  Je trouve personnellement qu’une bonne gestion de mon horaire me permet une plus grande liberté. En étant consciente de l’ensemble des tâches que je dois accomplir et du temps qu’elles nécessitent réellement, je suis mieux à même de juger de la vraisemblance d’accomplir ou non certaines tâches ou de m’embarquer dans de nouveaux projets. Je suis alors moins angoissée, car je ne prends pas en charge plus que ce que je suis à même d’accomplir. Je peux ainsi dédier des moments de ma journée aux activités qui me tiennent à coeur, incluant la consultation de sites de réseaux sociaux ainsi que des nombreux liens publiés ou envoyés par mes amiEs et connaissances. Lorsque je laisse voguer ma souri au fil des flots de la navigation virtuelle, le sentiment de culpabilité est dès lors disparu!

Vous vous demander peut-être pourquoi ce texte se trouve sur un blog dédié à la transition de la société vers un monde libéré des griffes du pétrole bon marché? C’est tout simple! Mon expérience me dit que ce sont généralement les personnes les plus occupées qui s’impliquent dans des initiatives communautaires ou militantes. Il y a donc à parier que de nombreuses personnes impliquées dans le mouvement de transition doivent faire face, comme moi, aux différentes problématiques soulevées ci-haut. Si cela ne vous concerne pas, je vous en félicite, car vous avez réussi à vous libérer de la dictature du temps et c’est plutôt rare dans le contexte actuel!

Je vous laisse…ma boîte de réception et ses 165 messages m’appelle!