La journée débute, un café à la main, pleine de motivation, je m’approche de mon ordinateur. Je me suis fixé des objectifs à accomplir au cours de la journée pour faire avancer une multitude de projets qui me tiennent à coeur. Modernité ( et dépendance!) oblige, j’ouvre ma boîte courriel avant de débuter…erreur! Voilà ma journée prise en otage. Car sans m’en rendre compte, d’un courriel à l’autre, j’accomplirai des tâches qui ne sont pas directement liées à mes objectifs fixés avec toute ma bonne volonté en début de journée! Me voilà ici et là sur le net, à regarder une vidéo, lire un texte, répondre à des messages, mettre des documents en ligne, réseauter sur Facebook et quoi encore! Toutes ces activités me permettent toutefois d’être au courant des nouveautés et développements pertinents dans mon domaine ainsi que de tisser des liens et de me construire un réseau solide de personnes motivées à collaborer pour faire avancer les choses. Il n’en demeure pas moins que mes propres priorités sont souvent mises de côté.
J’ai longtemps réfléchi à cette question puisque c’est une situation fortement associée à tout travail nécessitant l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC). Quelle stratégie adopter? Ne pas ouvrir ma boîte courriel ( ou Facebook) de la journée pour être plus productive? M’interdire de consulter des liens de trouvailles intéressantes fournis par des amiEs avant d’avoir accomplis mes tâches?
Tout ça me semble lourd et si restrictif! De plus, du chaos naissent souvent des créations extraordinaires, des perles qui ne sauraient apparaître dans un contexte restrictif et contrôlé! Puisque je lis actuellement le livre « Wild fermentation » de Sandor Ellix Katz,permettez moi de faire un rapprochement entre cette problématique et la production d’aliments fermentés…Dans un milieu stérile, de nombreuses fermentations ne pourront se développer, il faut toutefois un certain contrôle de l’environnement pour permettre à une fermentation particulière de se développer plutôt qu’une autre qui produirait des résultats potentiellement toxiques. Si je fais le parallèle avec la problématique abordée plus haut, il s’agirait de créer le bon environnement de travail, celui qui laisse à la fois place à une certaine liberté de voguer au fil de l’intuition, permettant ainsi d’accumuler informations et motivation, tout en favorisant la croissance concrète de projets. Comment matérialiser cet environnement idéal? Voilà l’essentiel de la question! Mes solutions ne sauraient s’appliquer à tous puisqu’elles doivent être adaptées à ma propre personnalité, à ma manière d’apprendre et de créer. Voici toutefois une approche qui fonctionne pour moi (quand je la met en pratique!) et qui pourrait peut-être vous aider si votre cerveau fonctionne un peu comme le mien!
J’ai testé cette stratégie lorsque je travaillais comme agente de migration pour Place aux jeunes du Québec. J’étais tellement bombardée de demandes, de courriels et d’informations, que je ne parvenais pas à accomplir les tâches que je jugeais les plus urgentes pour faire avancer mon propre projet. J’ai donc fait des recherches sur les stratégies de gestion du temps, plus particulièrement dans un contexte de surabondance d’informations et de communication instantanée.
Ma stratégie consistait essentiellement à:
- Déterminer à l’avance trois plages horaires dédiées à la consultation des courriels
- Une fois un courriel lu, une action immédiate était prise selon le besoin associé au contenu du courriel. Voici les actions possibles dans le cadre de cette stratégie:
- Répondre immédiatement si cela me prendra moins de 5 minutes
- Bloquer une plage horaire à mon agenda si je dois prendre plus de 5 minutes pour répondre ou si je dois accomplir une tâche avant de pouvoir répondre (rédiger un document, effectuer une correction, etc).
- Je copie alors le contenu du courriel dans mon agenda virtuel et je mets la version originale à la corbeille ou dans un dossier à cet usage si le courriel est accompagné de pièces jointes importantes. (outil : i-Cal ou tout autre logiciel gratuit du même type permettant de gérer un agenda sur l’ordinateur).
Cette stratégie permet de libérer du temps, de s’assurer de ne pas laisser passer de tâches importantes sans agir ( en bloquant immédiatement une plage à l’agenda) ainsi que de se retrouver avec une boîte de réception vide à la fin de chaque journée! Il peut sembler difficile de parvenir à ce résultat, mais lorsque l’on met en pratique cette stratégie, cela s’accomplit comme par magie! Et quelle joie que de ne pas me sentir submergée par une boîte de réception débordant de courriels qui font surgir un sentiment de culpabilité lié aux nombreuses tâches que je n’ai pas pas encore accomplies et qui se trouvent cachées quelque part dans tous ces bouts de textes virtuels!
Je parlais toutefois un peu plus tôt de la nécessité de liberté et cette stratégie ne semble pas libératrice d’un premier coup d’œil! En effet, il est question d’organisation et de gestion du temps…l’antithèse de la liberté non? Eh bien, c’est ici qu’entre en jeux les différentes personnalités ( ou types d’appreneurEs) et leurs besoins respectifs! Je trouve personnellement qu’une bonne gestion de mon horaire me permet une plus grande liberté. En étant consciente de l’ensemble des tâches que je dois accomplir et du temps qu’elles nécessitent réellement, je suis mieux à même de juger de la vraisemblance d’accomplir ou non certaines tâches ou de m’embarquer dans de nouveaux projets. Je suis alors moins angoissée, car je ne prends pas en charge plus que ce que je suis à même d’accomplir. Je peux ainsi dédier des moments de ma journée aux activités qui me tiennent à coeur, incluant la consultation de sites de réseaux sociaux ainsi que des nombreux liens publiés ou envoyés par mes amiEs et connaissances. Lorsque je laisse voguer ma souri au fil des flots de la navigation virtuelle, le sentiment de culpabilité est dès lors disparu!
Vous vous demander peut-être pourquoi ce texte se trouve sur un blog dédié à la transition de la société vers un monde libéré des griffes du pétrole bon marché? C’est tout simple! Mon expérience me dit que ce sont généralement les personnes les plus occupées qui s’impliquent dans des initiatives communautaires ou militantes. Il y a donc à parier que de nombreuses personnes impliquées dans le mouvement de transition doivent faire face, comme moi, aux différentes problématiques soulevées ci-haut. Si cela ne vous concerne pas, je vous en félicite, car vous avez réussi à vous libérer de la dictature du temps et c’est plutôt rare dans le contexte actuel!
Je vous laisse…ma boîte de réception et ses 165 messages m’appelle!




