Le texte suivant est un extrait tiré d’un travail que j’ai effectué dans le cadre d’un cours d’Agroforesterie à l’Université Laval à l’automne 2010.
« Tout d’abord, il semble nécessaire de mentionner le fait que les permaculteurs et permacultrices ne sont pas les premiers à avoir créé de tels systèmes agroforestiers. En effet, on en retrouve depuis très longtemps dans diverses cultures à travers le globe, ce qui a conduit certains auteurs à les considérer une forme d’horticulture primitive. Cette perception est associée à un certain paradigme qui considère les sociétés humaines en fonction d’une échelle d’évolution basée sur la complexité perçue de l’organisation socio-économique et agricole. Cette interprétation de la réalité a posé un frein à la reconnaissance officielle du potentiel de ces systèmes de production, limitant de ce fait l’aide technique accordée aux paysans et paysannes (Belcher et al : 245). Ces systèmes, généralement respectueux de l’environnement et particulièrement bien adaptés à leur milieu, ont influencé le développement de systèmes permaculturels basés sur l’observation de la forêt.
Il existe une grande confusion en ce qui a trait à la terminologie à utiliser pour se référer à ces différents systèmes. La confusion est d’autant plus grande lorsque vient le temps de comparer ces systèmes plus traditionnels, dont certains ont été largement étudiés en agroforesterie, avec les systèmes développés dans le domaine de la permaculture qui, eux, ont été largement ignorés par la communauté universitaire (Veteo et Lockyer:49). Il arrive parfois que certains termes soient utilisés pour se référer à des systèmes différents alors que des termes différents peuvent parfois se référer à une même réalité dans des contextes culturels pouvant toutefois varier. Dans un souci d’intelligibilité et afin de bien cerner notre sujet, voici un bref tour d’horizon de certains termes utilisés et des définitions qu’en donnent quelques auteur. Débutons par les termes se référant aux systèmes plus traditionnels1 que sont les agroforêts, les jardins forestiers, les jardins ligneux multiétagés et les jardins de case. Pour Ramachandran Nair et al, les agroforêts sont des systèmes complexes à strates multiples semblables aux jardins en ce qui a trait à la complexité structurelle, mais d’une étendue plus importante2 (Ramachandran Nair et al : 1100). Pour Belcher et al, il existe plusieurs types de systèmes de jardins forestiers allant de forêts sauvages modifiées afin d’augmenter la production de certains produits sélectionnés à des forêts anthropique où l’on retrouve une densité élevée d’espèces de grande valeur à l’intérieur d’une structure relativement diversifiée et complexe 3 (Belcher et al : 245). Pour Young, les jardins ligneux multiétagés sont des systèmes où l’on « cultive une variété de plantes ligneuses et herbacées selon un schéma dense, à première vue désordonné, mais probablement géré de façon minutieuse» (Young : 53-54). Toujours selon cet auteur, les jardins de cases sont « constitués de parcelles de moins d’un demi-hectare autour des fermes » et constituent la forme de jardin ligneux multiétagé la plus connue (Ibid:54).
Voici maintenant deux définitions de termes utilisés dans des écrits portant sur la permaculture, se référant aux termes Food Forest et Edible Forest Garden. Si nous avons maintenu, de prime abord, l’utilisation des termes anglais, c’est que les ouvrages qui les utilisent n’ont pas été traduits en français, du moins pour le moment. Hemenway utilise le concept de Food Forest auquel il consacre un chapitre complet de son ouvrage, au début duquel il affirme que nous pouvons travailler avec la nature pour créer un jardin forestier à étages multiples, un paysage producteur d’aliments et d’habitats qui agit comme un boisé naturel4 (Hemenway : 208). On peut donc conclure que pour lui les Food Forest et les Forest Garden se référent tous les deux au même système agroforestier. Pour Jacke et Toensmeier, un Edible Forest Garden est une polyculture de plantes vivaces à usages multiples5 (Jacke et Toensmeier : Vol 1 : I).
Quelles conclusions pouvons-nous tirer de ces multiples définitions? Un constat s’impose, soit le fait qu’il n’est pas aisé de s’attarder à un objet de recherche qui peut être observé en milieu tempéré, où il est de plus en plus implanté, mais pour lequel il n’existe pas de consensus quant au terme à utiliser pour le définir! En nous basant sur notre compréhension des ouvrages de Homenway, de Hart ainsi que de Jacke et Toensmeier, nous voudrions offrir la définition suivante de notre objet de recherche :
Système agroforestier à étages multiples, complexe et intégré, visant la production d’un éventail
diversifié de biens et services à travers l’utilisation efficace des ressources du milieu, et ce, dans le respect
de l’éthique et des principes de la permaculture.
Nous considérons l’expression jardin permaculturel multiétagé comme reflétant adéquatement cette définition, et ce, même si, à notre connaissance, elle n’est pas utilisée dans la littérature. Nous utiliserons conséquemment, dès maintenant, cette expression pour nous référer à notre objet de recherche. Si nous n’avons pas opté pour des expressions telles que jardin forêt, jardinage forestier, jardin forestier ou encore forêt alimentaire, c’est que nous croyons que ces expressions dépeignent mal le concept dont il est question ici. En effet, elles semblent faire référence à des systèmes de production en milieu forestier, alors qu’il est plutôt question ici de système de production imitant les caractéristiques d’une forêt naturelle. S’il arrive que ces systèmes soient implantés en milieu forestier, dans la majorité des cas il est plutôt question de créer de nouveaux systèmes à l’extérieur des milieux forestiers. La compétition pour la lumière, qui est un élément fondamental à considérer dans le cadre des jardins permaculturels multiétagés, est encore plus féroce lorsque ces systèmes sont implantés en milieu forestier. Conséquemment, les rendements de la production fruitière dans un tel contexte pourraient être passablement affectés.
Le système agroforestier de type jardin permaculturel multiétagé, comme l’indique son nom, profite à la fois de l’espace horizontal et vertical mis à sa disposition. Si les auteurs ne s’entendent pas tous sur le nombre d’étages à intégrer dans le système, ils sont nombreux à parler de 7 étages, allant de la rhizosphère à la voûte arborescente (Jacke et Toensmeier :Vol I : 70, Hemenway : 216, Hart : 24). Il existe deux manières de distinguer les différents étages : relatif ou absolu. La première manière distingue les étages en fonction des liens entretenus entre les différentes espèces présentes alors que la deuxième est un peu moins flexible dans sa définition des étages qui couvrent chacune une certaine zone déterminée de l’espace aérien. (Jacke et Toensmeier : Vol I : 69). Nous avons opté, ici, pour la deuxième méthode qui distingue les différents étages de la manière suivante : 1- Les grands arbres ( 50 pieds et plus), 2- les petits arbres ( 12 à 50 pieds), 3- les arbustes ( 6 à 12 pieds), 4- les plantes herbacées ( 0.5 à 6 pieds), 5- le niveau du sol ( 0 à 0.5 pied), 6- les vignes ( 0.5 pieds et plus), 7- la rhizosphère. Il n’existe pas de littérature sur le sujet des jardins permaculturels multiétagés se rapportant au territoire de la province de Québec. Nous avons donc décidé de tenter d’élaborer un agencement possible d’espèces ligneuses et non-ligneuses qui pourraient être intégrées à un tel système au Québec. Il ne s’agit pas, toutefois, de nommer ici toutes les espèces pouvant s’intégrer à un tel système puisqu’un tel exercice dépasse de loin la portée de ce document. Nous avons donc sélectionné certaines espèces en fonction des services rendus. Afin de simplifier quelque peu les choses, nous avons choisi de limiter notre territoire à la zone de rusticité 4 dans le cadre de cet exercice.
Tableau 1 : Jardin permaculturel mulitétagé à implanter en zone de rusticité 4
| Espèce | Étage | Hauteur (pieds) | Services rendus aux humains 6 | Apport en nutriment7 |
| Carya Ovata | 1 | 30-50 | Noix comestibles | K,P,Ca |
| Juglans nigra8 | 1 | 75-100 | Propriété médicinale, Noix comestibles | K,P,Ca |
| Juglans cinerea | 1 | 50-75 | Noix comestibles | K,P |
| Espèce | Étage | Hauteur (pieds) | Services rendus aux humains | Apport en nutriment |
| Acer saccharum | 1 | 75-115 | Sirop | K, Ca |
| Pin de Corée | 2 | 15-50 | Noix comestibles | |
| Pyrus communis | 2 | 8-40 | Fruits comestibles (poires) | |
| Alnus incana | 2 | 25-40 | N | |
| Alnus rugosa | 2 | 20-35 | N | |
| Caragana arborescens | 2 | 12-18 | Légumineuses comestibles | N |
| Prunus maritima | 3 | 8-12 | Fruits comestibles (petites prunes) | |
| Amelanchier alnifolia | 3 | 5-15 | Baies comestibles | |
| Viburnum cassinoides | 3-4 | 5-6,5 | Condiment naturel | |
| Ribes silvestre | 4 | 3-5 | Baies comestibles | |
| Ribes nigrum | 4 | 3-5 | Baies comestibles | |
| Genista sagittalis | 4 | 2-3 | N | |
| Rumex acetosa | 4 | 1 | Feuilles comestibles | K,P,Ca,Fe, Na |
| Asarum canadense | 5-7 | Condiment naturel | ||
| Pleurotus ostreatus | 5 | Fructification comestible | ||
| Apios americana | 6-7 | 0-6 | Racines comestibles | N |
| Dioscorea japonica | 6-7 | 0-10 | Racines comestibles | |
| Allium tuberosum | 7 | 0,5-1,5 | Racines comestibles |
1Nous utilisons ici le terme traditionnel avec certains bémols puisque nous sommes conscientes du fait que certains de ces systèmes ont émergés dans des contextes coloniaux ce qui soulève la question à savoir à partir de quel moment est-il possible de considérer un système comme étant traditionnel ?
2Traduction libre dont voici le texte original en anglais : « Agroforests are complex multistrata systems, similar to homegardens in strucutal complexity, but larger in size».
3 Traduction libre dont voici le texte original en anglais : « wild forests modified for increased production of selected products to anthropogenic forests with a high density of valuable species within a relatively diverse and complex structure ».
4Traduction libre dont voici le texte original en anglais : « we can work with nature to fashion a multistoried forest garden, a food – and habitat-producting landscape that acts like a natural woodland ».
5Traduction libre dont voici le texte original en anglais : « An edible forest garden is a perennial polyculture of multipurpose plants ».
6 Voir: Jacke et Toensmeier, vol 1: 305-337, Thayer ( document en entier), d’Origina.
7Apport à l’écosystème: Assimilation d’élments nutritifs du sol (K, P, Ca, Fe, Na), Captation de l’azote (N), attrait des pollinisateurs (PO). Voir: Jacke et Toensmeier, vol 2: 531-536.
8Il faut toutefois prendre en compte le fait que cet arbre produit de la Juglone qui inhibe la croissance de certaines espèces comme les aulnes. »
Voici la bibliographie de ce travail qui portait plus spécifiquement sur les Jardin permaculturels multiétagés ( qui est ma traduction des FoodForest) Peut-être que ces documents pourraient vous intéresser.
Bibliographie
BARBIÉ , Olivier. 2007. Permaculture et agriculture soutenable. Institut Technique d’Agriculture Naturelle.
BELCHER Brian et al. 2005. The Socioeconomic Conditions Determining the Development, Persistence and Decline of Forest Garden Systems. Economic Botany, 59(3). pp. 245–253.
BELLASSEN, Valentin. Les forêts et les émissions de CO2. Liaison énergie-francophonie, No 84. [Enligne]: http://www.iepf.org/ressources/ressources-pub-desc.php?id=321
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VETETO, James et LOCKYER, Joshua. Environmental Anthropology Engaging Permaculture: Moving Theory and Practice Toward Sustainability. Culture & Agriculture Vol. 30, pp. 47–58, 2008.
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WARNER, K.1995. Agriculteurs itinérants; connaissances techniques locales et gestion des ressource naturelles en zone tropicale humide. FAO : Rome.
YOUNG, A. 1995. L’agroforesterie pour la conservation des sols. Centre technique de cooperation agricole et rurale (C.T.A) : Wegeningen.
Tableau 1 : Jardin permaculturel mulitétagé à implanter en zone de rusticité 4
| Espèce | Étage | Hauteur (pieds) | Services rendus aux humains 1 | Apport en nutriment2 |
| Carya Ovata | 1 | 30-50 | Noix comestibles | K,P,Ca |
| Juglans nigra3 | 1 | 75-100 | Propriété médicinale, Noix comestibles | K,P,Ca |
| Juglans cinerea | 1 | 50-75 | Noix comestibles | K,P |
| Espèce | Étage | Hauteur (pieds) | Services rendus aux humains | Apport en nutriment |
| Acer saccharum | 1 | 75-115 | Sirop | K, Ca |
| Pin de Corée | 2 | 15-50 | Noix comestibles | |
| Pyrus communis | 2 | 8-40 | Fruits comestibles (poires) | |
| Alnus incana | 2 | 25-40 | N | |
| Alnus rugosa | 2 | 20-35 | N | |
| Caragana arborescens | 2 | 12-18 | Légumineuses comestibles | N |
| Prunus maritima | 3 | 8-12 | Fruits comestibles (petites prunes) | |
| Amelanchier alnifolia | 3 | 5-15 | Baies comestibles | |
| Viburnum cassinoides | 3-4 | 5-6,5 | Condiment naturel | |
| Ribes silvestre | 4 | 3-5 | Baies comestibles | |
| Ribes nigrum | 4 | 3-5 | Baies comestibles | |
| Genista sagittalis | 4 | 2-3 | N | |
| Rumex acetosa | 4 | 1 | Feuilles comestibles | K,P,Ca,Fe, Na |
| Asarum canadense | 5-7 | Condiment naturel | ||
| Pleurotus ostreatus | 5 | Fructification comestible | ||
| Apios americana | 6-7 | 0-6 | Racines comestibles | N |
| Dioscorea japonica | 6-7 | 0-10 | Racines comestibles | |
| Allium tuberosum | 7 | 0,5-1,5 | Racines comestibles |
1 Voir: Jacke et Toensmeier, vol 1: 305-337, Thayer ( document en entier), d’Origina.
2 Apport à l’écosystème: Assimilation d’élments nutritifs du sol (K, P, Ca, Fe, Na), Captation de l’azote (N), attrait des pollinisateurs (PO). Voir: Jacke et Toensmeier, vol 2: 531-536.
3 Il faut toutefois prendre en compte le fait que cet arbre produit de la Juglone qui inhibe la croissance de certaines espèces comme les aulnes.
je voudrais aussi quelques exmples surtout sur les jardins multi-étagés en agroforesterie.