Taux de Retour Énergétique (TRE)

Il y a plusieurs réactions au pic pétrolier qui surviennent régulièrement dans le cadre des discussions suivant la projection d’un film ou la tenue d’une conférence sur le sujet. J’aimerais aborder ici ce que David Holmgren appelle, dans sont livre Future Scenarios, le scénario green tech distributed powerdown que je traduis par descente énergétique basée sur les technologie verte. Si j’aborde cette question c’est que j’ai récemment été confrontée pour la deuxième fois, dans le cadre d’événements différents, à l’une de ces réactions et que je me questionne sur mon peu de patiente face à ce que je ressens comme une perte de temps et une déviation du débat. Même si je suis consciente du fait que ces réactions constituent en quelque sorte des mécanismes de survie face à une réalité passablement sombre, mon ressenti demeure le même. J’ai donc décidé de me questionner un peu plus sur le sujet afin de trouver des moyens pour entamer un dialogue avec les personnes qui tiennent ces discours. Mais de quoi est-il question exactement vous demandez-vous sans doute.

À mon avis il existe deux réactions associées à la croyance dans ce scénario:

Réaction 1: C’est ce que Rob Hopkins appelle An irrational grasping at unfeasible solutions dans le manuel de transition. En français, on pourrait traduire cela par quelque chose comme S’accrocher de manière irrationnelle à des solutions improbables. Entrent dans cette catégories toutes les personnes qui vous diront que des solutions existent et qu’elles pourraient régler l’ensemble de la question énergétique. Le seul problème? Les grandes compagnies pétrolières ont tout mis en œuvre pour éviter la mise en marché de ces solutions miraculeuses.

Pour Rob Hopkins, il est peu probable que ces technologies aient été inventées ou encore elles n’ont pas fonctionné. Pour ma part, je n’ai aucune difficulté à imaginer les grandes corporations capitalistes utilisant tous les recours possibles (légaux ou non) pour éviter des pertes financières découlant de l’arrivé sur le marché de technologies rendant obsolète leurs produits. Mais, compte tenu de la grande capacité d’adaptation du système économique capitaliste, ce qui me semble le plus plausible est un scénario au sein duquel les découvertes sont non pas ignorées, mais appropriées par ces multinationales qui cherchent à se maintenir à l’avant-garde des avancées scientifiques afin de gagner la course.

Les mêmes types d’arguments ont été utilisés afin d’expliquer pourquoi le stévia, qui avait le potentiel de régler des problèmes importants en santé publique (obésité, diabète), était aussi peu connu et ignoré par l’industrie. Il était alors question du poids phénoménal de l’industrie du sucre qui empêchait le développement de la filière stévia. On nous a récemment annoncé l’approbation par la FDA du stévia dans les produits alimentaires aux États-Unies et Coke mettra bientôt en marché de nouveaux produits s’en servant. Ce que je tente d’illustrer par cet exemple c’est le fait que si des technologies permettant d’obtenir un Taux de Retour Énergétique (TRE) équivalent aux énergies fossiles existaient, il y aurait un intérêt considérable démontré de la part de nombreuses entreprises, incluant certaines pétrolières comme Shell qui sont de plus en plus conscientes de la nécessité de diversifier leurs investissements.

Réaction 2: On ne vous parlera pas de conspirations, mais on vous dira plutôt qu’il est possible de se rabattre sur les technologies existantes telles que l’éolien, le solaire et l’hydrogène afin de maintenir un mode de vie passablement équivalent à celui prévalent en Occident aujourd’hui.

À mon avis, il est beaucoup plus facile de discuter avec les personnes qui s’accrochent à la deuxième illusion plutôt qu’à la première. En effet, il n’est pas aisé de dialoguer avec des personnes qui utilisent des arguments qui sont essentiellement impossible à prouver. Ce type de discussion me rappelle les débats que j’ai pu avoir à propos de la religion avec des personnes cherchant à me convertir en utilisant la bible comme argument. Lorsque je leur répond que je ne crois pas dans la bible, ces personnes reviennent à nouveau avec des extraits de ce document pour tenter de me convaincre. Nous tournons en rond et je n’en vois pas la fin.

Toutefois, lorsque confrontéEs à la deuxième réaction, je vous propose un argument pouvant vous aider à déconstruire le mythe de la solution technologique. Cet argument est celui du Taux de Retour Énergétique (TRE) ou Energy Returned On Energy Invested (EROEI) en anglais. Le TRE est  «le ratio d’énergie utilisable acquise à partir d’une source donnée d’énergie, rapportée à la quantité d’énergie dépensée pour obtenir cette d’énergie. Quand l’EROEI d’une ressource est inférieur ou égal à 1, cette source d’énergie devient un “puits d’énergie”, et ne peut plus être utilisée comme source d’énergie primaire » 1 .

Voici un tableau ( que je n’ai pas encore traduit désolée) de différents TRE selon les sources d’énergie (domestic = États-Unis):

Maintenant, si l’on prend en compte le fait que pour chaque baril de nouveau pétrole, nous en consommons 2 à 3, et qu’il n’y a aucune source d’énergie dans le tableau précédent qui aient un TRE équivalent au TRE du pétrole des années 1930, il devient évident que nous serons rapidement confrontéEs à des changements importants dans notre mode de gestion des ressources énergétiques. Ajoutons à cela le potentiel dévastateur d’un point de vue environnementale des sources d’énergies au TRE le plus élevé et nous avons un réel problème devant lequel nous ne pouvons nous permettre de rester les bras croisés en attendant un miracle technologique.

1: extrait de l’article «Taux de retour énergétique » disponible sur le site Internet de Wikipédia.

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